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DESCRIPTIF DES CARTES

La seconde race des Sires de Coucy

m.a.j. le 25/03/2017

Il faut remonter à Enguerran III pour trouver un successeur à Enguerran IV. Seule Alix, mariée à Arnoul III de Guines, avait alors des descendants. Ceux-ci, Enguerran et Jean, se partageront les terres de Coucy. Le premier qui prendra le nom d'Enguerran V de Guines, recueillera les seigneuries de Coucy, de MarIe, de La Fère, d'Oisy, d'Havrincourt, de Montmirail, de Condé-en-Brie, de Châlons-Ie-Petit avec la châtellenie de Château-Thierry et l'hôtel de Coucy à Paris en 1311.

Occupé des affaires particulières que lui avait suscitée la succession de son oncle, il ne prit aucune part aux évènements politiques qui agitèrent le royaume. Il fut cependant mandé par le roi en 1318 pour marcher contre les Flamands, qui refusaient de payer l'impôt à Philippe VI. Il mourut en 1321.

Son fils Guillaume reprend la succession paternelle, sans que cela ne pose aucun problème. Peu de temps avant, son père lui avait fait épouser Ysabeau de Châtillon Saint Pol, fille du comte de Saint Pol, bouteiller de France. Il mourra en 1335, sans qu'aucun évènement majeur ait marqué sa vie.

C'est désormais au tour d'Enguerran VI, son fils, de porter le titre de Sire de Coucy. Ce dernier prit pour femme Catherine, fille ainée de Léopold l, duc d'Autriche, et de Catherine de Savoie, grâce à l'appui du roi Philippe VI, qui cherchait à se concilier les grands du royaume, devant la menace anglaise. Aussi, en 1339, Enguerran VI répond-il avec empressement à l'appel du roi qui levait une armée contre les Anglais qui débarquaient à Calais.

Il défend alors les places d'Oisy dont le capitaine anglais Jean Chandos lui-même ne peut venir à bout, et de Coucy, qui n'eut pas l'honneur d'être assiégée, Edouard III, ayant fait retraite à la Capelle.

Le 20 octobre 1339, profitant alors de cette trêve, Philippe, VI marche sur la Flandre accompagné d'Enguerran VI, pour se venger du comte de Hainaut. Une trêve est conclue en 1340 sans qu'aucun des deux partis soit victorieux.

On retrouve Enguerran VI en 1345 au siège d'Angoulême dont les Anglais s'étaient emparés l'année précédente, puis en 1346, à la bataille de Crécy, où il est tué. Il laisse derrière lui un enfant de 7 ans, confié à la régence de sa mère jusqu'en 1350. Cette dernière prit soin de mettre en état de défense la place de Coucy que son fils embellira par la suite.

Cet enfant, c'est Enguerran VII. Il fut l’un des plus grands capitaines de son temps au même titre que du Guesclin. Son prestige et sa renommée s'attachaient également au personnage de seigneur mondain et fastueux qu'il était à la fois.

Il guerroie déjà alors qu'il a à peine 18 ans pour mater une révolte de paysans. Puis, le traité de Brétigny, signé le 8 mai 1360, ayant mis Jean le Bon en liberté contre rançon, il fait partie des otages qui vont en Angleterre pour servir de garants jusqu'à ce que la rançon soit versée. Là, il sait plaire à la cour du roi, tant et si bien qu'Edouard III lui donne sa fille, Ysabeau, et le nomme comte de Bedford le 11 mai 1365.

En 1367, Jean le Bon, étant mort sans avoir pu verser la rançon attendue, les otages doivent négocier  leur propre liberté. Parmi eux se trouve Guy de Blois qui, avec l'accord du roi et l'appui d'Enguerran, vend son comté de Soissons à Edouard. Ce dernier le redonne aussitôt à Enguerran en échange de la dot de sa fille.

Revenu en France, Enguerran VII assiste au mariage du duc de Bourgogne. A cette occasion, il vendra au marié pour 11.000 livres de pierreries, joyaux… Puis, les hostilités ayant repris entre France et Angleterre, Enguerran préfère rester neutre, vu sa position vis-à-vis des deux souverains. Il part pour l'Italie se mettre au service du pape Urbain V contre Bernabo Visconti qu'il défait en 1373. Le roi de France, au bruit des ses exploits, lui confère la charge de maréchal de France, pour se l'attacher, mais il refuse, préférant conserver sa neutralité. Ce qui lui vaut, lors du passage des troupes anglaises sur ses terres, d'avoir ses possessions épargnées.

Sur ces entre faits, une trêve de deux ans est conclue en 1375, ce qui lui permet de rentrer en France. Il monte alors, avec l'appui du roi, une expédition pour mener une partie des grandes compagnies - fortes inopportunes en France - en Autriche et y revendiquer ses droits à la succession au duché qu'il tient de sa mère. Cette campagne se termine le 13 janvier 1376 par la prise des villes de Buren et de Nidau qui en seront les seuls fruits, Enguerran ayant été obligé de faire la paix avec le duc d'Autriche, vaincu par les rudes conditions climatiques de l'hiver dans un pays où l'on pratiquait la politique de la terre brûlée contre l'ennemi. Pour consacrer le souvenir de cette expédition, il fondera l'ordre de la couronne (renversée).

A la suite de cela, les souverains français et anglais désireux de convertir la trêve de 1375, alors écoulée en paix définitive envoient à Bruges leurs députés. Enguerran VII se révélant être l'homme de la situation, s'y rend à la demande du roi de France. Malheureusement, la discussion se heurte aux exigences excessives des Anglais et aboutit à la reprise des hostilités. Mais, cette fois-ci, Enguerran choisit son camp, en l'occurrence celui de son pays, et pour bien marquer sa volonté, il renvoie sa femme Ysabeau en Angleterre. La trêve se poursuit pendant quelques temps grâce à une seconde entrevue, à laquelle participa également Enguerran.

Vers la fin de l'année 1377, l'empereur Charles IV vient de rendre visite à son neveu Charles V en compagnie de son fils Venceslas. Enguerran VII fait partie de la suite des gentilshommes envoyés à sa rencontre pour lui souhaiter la bienvenue et chargée de le raccompagner jusqu'à la frontière après sa visite à Paris qui suivit le 4 janvier 1378. A cette occasion, il fut même chargé de veiller personnelle­ment sur le dauphin.

Peu de jours après, Enguerran part pour la Guyenne où il remporter les sièges de Sainte Foy et de Duras. Puis, après avoir pris part aux réjouissances données par le duc d'Anjou à Toulouse, en l'honneur de la naissance de son fils, il se rend en Normandie pour réduire toutes les places qui obéissaient au roi de Navarre, allié de l'Angleterre. Bayeux se rend après un siège poussé, Carentan, Moulineaux et Conches sont également occupés par suite de traités, le château de Pacy est pris d'assaut, Evreux ouvre ses portes, la garnison en sort avec les honneurs de la guerre et se réfugie à Cherbourg, dernière place aux mains du roi de Navarre. Enguerran VII reçoit pour cela le témoignage de l'amitié du roi venu à Rouen.

Ce dernier le charge alors d'aller traiter avec les Bretons révoltés depuis que leur duc s'était vu confisquer ses terres pour avoir osé défier le roi. Le résultat de sa mission fut seulement une suspension d'hostilités. Pour le remercier de tous ses exploits, Charles V désire lui offrir le titre de connétable, vacant depuis la mort de du Guesclin en 1380. Afin de concilier les Bretons au roi. Enguerran la refuse en faveur d'un des leurs: Olivier de Clisson. Pour le dédommager, le roi lui offre à la place le gouver­nement de Picardie.

Il se trouvait à St Quentin lorsque les troupes anglaises débarquent à Calais sous la conduite de Buckingham. Il se contente de suivre les ordres royaux et de fortifier les places ainsi que d'ôter aux Anglais tout moyen de se procurer des vivres: ceux-ci se retirent alors en Bretagne.

A la mort de Charles V, il fait partie du conseil de régence du duc d'Anjou qui lui offre la châtel­lenie de Mortagne-sur-l'Escaut - place frontière qu'il convenait de placer entre des mains sûres -. On le retrouve ensuite en Bretagne où il obtient par le traité du 6 avril 1381, la soumission de Jean de Mont­fort, duc de Bretagne.

Ysabeau d'Angleterre étant décédée, il se remarie alors avec Ysabeau, fille du duc de lorraine, qui lui apporte en dot la seigneurie de Fleurines, au pays de Liège, avec une certaine somme d'argent.

Quand éclate la révolte des Maillotins, - nom que l'on donna aux Parisiens qui assassinèrent les receveurs des impôts avec des maillets de fer - il est chargé de rétablir le calme à Paris, puis à Péronne, également en rébellion.

Il prend part au combat mené par le roi de France en Flandre contre les sujets rebellés envers l'autorité comtale depuis 1382. Il en revient temporairement pour rétablir le caIme à Paris puis y retour­ne et participe aux sièges de Mont de Cassel, Bergues et de Bourbourg. Charles VI le remercie en le nommant grand bouteiller de France en 1384.

Puis, il accompagne le duc d'Anjou - adopté par la reine Jeanne de Naples, alors sans héritiers - en Italie pour l'aider à reprendre son héritage. Il s'empare d'Arezzo qu'il revend aux Florentins lorsqu'il apprend la mort du duc d'Anjou. A son retour en France, Charles VI le charge de la garde et de la défense des frontières du royaume en Auvergne, en limousin et de la Dordogne à la mer.

Puis, il suit le roi en Flandre pour y prendre quelques places dont celle de Dam sur Mer. Enfin, il se rend une fois de plus en Bretagne pour exiger du duc qu'il relâche Olivier de Clisson détenu injustement.

C'est pendant cette période 1386-87 qu'il entreprit des travaux au château de Coucy afin de l'embellir. On érigea même un jeu de paume dans la basse-cour à l'occasion de la visite du roi le 23 mars 1387.

Il l'accompagne ensuite à Reims où il se fait sacrer le 4 novembre 1388 et conserve à cette occasion sa place au gouvernement. En 1389, il assiste à la réception de la reine à Paris et aux tournois qui ont lieu pour clore les festivités.

A la même époque, les vassaux d'Enguerran VII se trouvant sous le coup des misères provoquées par la guerre de cent ans, le roi sollicité accorda aux habitants de Coucy deux foires par an, ceci dans le dessein de relancer le commerce dans une région appauvrie et désertée.

Les dernières années de la vie d'Enguerran sont marquées par sa participation aux grands évènements de la fin du XIVe s. Tout d'abord, il suit le roi, soucieux de visiter son royaume. Le 7 février 1390, le roi est à Dijon pour visiter le duc de Bourgogne puis il se rend à Avignon où il est reçu par le pape Clément IV. Peu de temps après, Enguerran VII est désigné par le roi comme lieutenant pour accompagner le duc de Bourbon dans son expédition contre les Barbaresques, au secours des Génois. Celle-ci prend fin en 1391 par le siège de Carthage, et par une paix achetée par le Bey. Puis, à la suite de la tentative d'assassinat d'Olivier de Clisson par le baron de Craon, Enguerran suit le roi en Bretagne où ce dernier était venu chercher refuge. Malheureusement, c'est au cours de cette expédition que Charles VI devint fou, on sait de quelle façon.

Le duc d'Orléans prend alors le pouvoir et en profite pour disgracier Olivier de Clisson, sans qu'Enguerran n'intervienne. Le duc lui fait don de la terre et du château de Pont-Aubenon - certains ont dit pour acheter son silence -. Quoiqu'il en soit, Enguerran est appelé en Savoie à Chambéry pour servir d'intermédiaire aux négociations engagées au sujet de la Régence d'Amédée VIII, alors trop jeune pour succéder à son père ; il réussit à mettre les parties d'accord sur un traité signé le 8 mai 1393. A la suite de cela, il gagne l'Italie et de 1395 à 1396, portera secours aux Génois, alliés de la France, en guerre contre les Visconti.

Enfin, en 1396, le roi Sigismond de Hongrie menacé par l'empereur Bazajet de Turquie, appelle les seigneurs français et anglais à son secours. Le duc de Bourgogne ainsi que beaucoup d'autres seigneurs s'offrent pour faire une expédition. Mais c'est son fils Jean, comte de Nevers, qui est chargé du commandement et son père demande à Enguerran VII d'être son tuteur. Les "croisés" rencontrent les Turcs au siège de Nicopolis; ils en défirent d'abord 20.000 avant d'être eux-mêmes écrasés sous le nombre lors d'une seconde bataille.

Quatre cent seulement en réchappèrent, mais Bazajet, n'épargnant que les seigneurs capables de payer rançon, fait massacrer tous les autres survivants. Enguerran et le comte de Nevers au nombre des rescapés, sont conduits dans la prison de Burse en Bithynie. Gravement atteint lors de la bataille, Enguerran s'y éteint peu après en 1398.